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Cinq regards pour une culture de paix - de l'exclusion à l'ouverture

Il y a cinq regards dont l’étude me paraît être au cœur de la culture de la paix :

• le regard de capture : un groupe considère qu’il constitue la meilleure et la seule représentation d’une humanité, donc il exclut tous ceux qui ne sont pas comme lui. C’est arrivé dans l’histoire, cela arrivera vraisemblablement encore ;

• le regard de condescendance ou de tolérance dans le mauvais sens du mot tolérance, c’est-à-dire que l’on supporte l’autre sans l’accepter. On considère que
l’autre appartient bien sûr à l’humanité, mais à un niveau inférieur. Il ne semble pas qu’on puisse attendre de lui qu’il se transforme ;

• le regard d’assimilation : celui de l’empire romain, de la colonisation, parfois, notamment, celle de certains colonisateurs français comme Jules Ferry, lequel invoquait l’œuvre civilisatrice à accomplir. Pour faire d’autres nous-mêmes. Cette politique, qui n’a d’ailleurs jamais été pleinement mise en œuvre, finit par se heurter à l’objection majeure selon laquelle les autres veulent rester eux-mêmes. Protestation normale de l’identité, qui est à la base même de la décolonisation ;

• le regard de refus, dans lequel un groupe se cadenasse, s’enferme dans sa différence et la sacralise. C’est aussi une manière de racisme à l’envers. Il refuse les autres. Il se magnifie dans son particularisme et nie l’existence du genre humain, de l’humanité, du droit naturel, toutes ces visions unifiantes dont il refuse la référence. Il s’enferme au contraire, c’est le huis clos. L’enfer, c’est les
autres. Attitude dont la logique est de morceler l’humanité en citadelles ;

• le regard d’ouverture : il exprime que la différence n’est pas rupture, qu’elle ne doit pas entraîner l’exclusion mais au contraire mettre en dialectique l’identité et la
parenté, qui sont les deux dimensions inséparables de l’homme. Celui-ci est au cœur de cette double appartenance. Il ne s’accomplit en plénitude que par la relation. Il n’est pas un tout fait, il est une réalité en train de se faire.

Il ne faut pas penser qu’avant il y avait des méchants aux regards d’exclusion, puis que, petit à petit, on serait arrivé au regard d’ouverture qui serait le "happy end". Ces cinq regards sont synchrones. Ils se posent en même temps, aujourd’hui même, sur chaque homme. Nous avons ces cinq regards portés sur nous en même temps, c’est ce qui fait la complexité dramatique commandant le sort des hommes.

  • Source : La sécurité au XXIe siècle et la culture de la paix, Conférence de l'UNESCO "Vers une culture de la paix - quelle sécurité?", pp. 79-80
  • Date de publication : 2010-04-10
  • Thèmes : Ouverture
photo DUPUY René-Jean

Juriste en droit international, figure prépondérante des droits de l'homme et des droits de l'humanité, dont les écrits ont visé de faire de l’homme, de l’être humain, un sujet de droit international, limité jusqu'alors aux États.